Lune 2028 : pourquoi la NASA veut absolument devancer la Chine

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 20:05
La zone du Pôle Sud lunaire, cible principale de la mission Artemis IV. La zone du Pôle Sud lunaire, cible principale de la mission Artemis IV.. Source: Source : NASA

La NASA vise un alunissage habité en 2028 ; la Chine cible 2030. Ce délai de deux ans peut sembler confortable, mais le directeur de l'agence, Jared Isaacman, a prévenu qu'un retard américain suffirait à donner l'initiative à Pékin — avec des conséquences géopolitiques durables.

L'enjeu du Pôle Sud

Le Pôle Sud lunaire concentre toutes les convoitises. On y trouve de la glace d'eau, matière première pour produire carburant (hydrogène, oxygène) et eau potable, indispensables à toute base permanente. Les conditions y sont aussi idéales pour tester les technologies avant une mission vers Mars.

Le problème : les zones d'atterrissage exploitables sont rares. Isaacman les compare à « un nombre limité de places de parking » que les deux puissances réclament simultanément. Selon une modélisation AIAA, des zones de sécurité de 1 à 5 km autour de chaque site permettent aux premiers arrivants de bloquer de facto l'accès aux concurrents.

Les normes comme levier de puissance

Arriver en premier, c'est aussi imposer ses règles. Isaacman fait le parallèle avec Apollo 11 en 1969 : la mission avait démontré la suprématie technologique américaine et forgé des alliances durables. Aujourd'hui, l'enjeu est le même — qui pose les standards que les autres nations adopteront.

Washington pousse activement les Accords Artemis, un cadre qui réunit désormais 71 signataires et promeut l'exploitation commerciale transparente des ressources spatiales. La Chine et la Russie, elles, développent leur propre réseau — l'ILRS (International Lunar Research Station) — en dehors du cadre onusien que la France a historiquement défendu.

La France, malgré l'expertise de CNES et d'Arianespace, n'a pas encore signé les Accords Artemis. Cette position d'ambiguïté stratégique laisse Paris sans voix réelle dans l'architecture des règles cislunaires en train de se dessiner.

La NASA et le Pentagone envisagent une collaboration renforcée pour les opérations en orbite lunaire.
La NASA et le Pentagone envisagent une collaboration renforcée pour les opérations en orbite lunaire.

NASA + Pentagone : une collaboration renforcée

Pour tenir le calendrier, Isaacman plaide pour une coopération plus étroite entre la NASA et le Pentagone, notamment sur les opérations en orbite lunaire et l'énergie nucléaire spatiale. L'objectif : mutualiser les investissements plutôt que de dupliquer les efforts face à un programme chinois massivement financé par l'État.

En parallèle, la NASA prépare le terrain avec des systèmes automatisés : l'agence a récemment entraîné un essaim de robots à prendre des décisions de manière autonome, une étape clé avant l'arrivée des astronautes.

La course n'est pas gagnée d'avance. Mais elle se joue dès maintenant — et les règles du jeu lunaire seront écrites par ceux qui arriveront les premiers.