La police allemande lit vos messages WhatsApp et Telegram sans casser le chiffrement

Par: Michael Korgs | hier, 16:26
Illustration : accès à un compte de messagerie via la liaison d'appareils. Illustration : accès à un compte de messagerie via la liaison d'appareils.. Source: Source : IA

La police allemande peut accéder à vos conversations WhatsApp, Signal ou Telegram sans contourner le chiffrement : elle se connecte simplement à votre compte comme un second appareil. Netzpolitik, qui a consulté des documents confidentiels de l'Office central des douanes allemand (ZKA), a révélé la méthode en détail. Depuis le 1er août 2025, ce « clonage de compte » est devenu un outil permanent dans les enquêtes sur les crimes graves.

La méthode

Pas besoin d'exploit technique ou de faille dans les applications. Les enquêteurs utilisent la fonction standard de liaison d'appareils — celle qui permet d'utiliser WhatsApp Web ou Signal Desktop sur un ordinateur. En scannant un QR code affiché sur le téléphone d'un suspect (lors d'une perquisition, par exemple), ils ajoutent leur propre ordinateur comme appareil « de confiance ». Dès lors, tous les nouveaux messages arrivent en clair sur la machine des enquêteurs.

L'accès peut aussi être obtenu par interception de SMS de confirmation ou par ingénierie sociale. Heise précise que, lors de la synchronisation, Signal peut remonter jusqu'à 45 jours d'historique de messages.

Illustration : accès à un compte de messagerie via la liaison d'appareils.
Illustration : accès à un compte de messagerie via la liaison d'appareils.

La légalité en question

Le ZKA avait initialement classé cette méthode comme une simple surveillance des télécommunications. En janvier 2026, la Cour fédérale allemande a recadré les choses : accéder secrètement à un compte Telegram constitue une « surveillance à la source », une forme d'ingérence plus grave qui exige des garanties juridiques supplémentaires. Le ZKA aurait continué à appliquer sa directive interne sans tenir compte de cette décision.

Les risques techniques dépassent aussi le cadre prévu : un appareil lié peut consulter les listes de contacts, les archives, et — problème majeur — envoyer des messages au nom du titulaire du compte. Cette dernière capacité est explicitement interdite par le droit procédural allemand.

Une question européenne

En France, ni l'ARCEP ni la CNIL n'ont pris de position publique sur le clonage de comptes de messagerie. La proposition française dite du « participant fantôme » — qui aurait permis aux autorités de s'insérer silencieusement dans des conversations chiffrées — avait été abandonnée en 2025 après de vives critiques. L'Allemagne, elle, contourne le débat en s'appuyant sur des fonctions déjà intégrées dans les applications.

La question reste ouverte à l'échelle de l'UE : un utilisateur français peut-il être surveillé par les autorités douanières allemandes via son compte WhatsApp, sans qu'aucune règle commune ne l'encadre ? Aucun texte européen ne répond clairement à cette question pour l'instant.