Artemis : la NASA simplifie sa combinaison lunaire face aux retards d'Axiom Space

Par: Michael Korgs | aujourd'hui, 10:46
Prototype de la combinaison lunaire AxEMU. Illustration : Axiom Space Prototype de la combinaison lunaire AxEMU. Illustration : Axiom Space. Source: Source : Axiom Space

La NASA et Axiom Space ont renoncé à leur combinaison lunaire de haute performance au profit d'une version simplifiée, après que le projet AxEMU s'est révélé trop lourd et trop complexe pour tenir les délais du programme Artemis. La décision reflète l'écart croissant entre les ambitions affichées et les réalités de l'ingénierie spatiale — et elle intervient alors que la Chine progresse vers son propre alunissage habité d'ici 2030.

Le projet original dans l'impasse

Axiom Space, chargée par la NASA de concevoir la nouvelle combinaison extravéhiculaire lunaire, n'a toujours pas franchi la phase de validation finale du design (Critical Design Review). Les exigences initiales étaient particulièrement ambitieuses : six sorties en 6,5 jours, une capacité de stockage de 210 jours, et au moins deux heures d'autonomie dans des cratères permanents à l'ombre — où les températures tombent à des niveaux extrêmes. Cette accumulation de contraintes a rendu la combinaison multicouche, rigide et difficile à alléger.

Conséquence directe : les tests avec des astronautes à bord de la Station spatiale internationale ont été repoussés au plus tôt à fin 2027.

Une version réduite pour tenir le calendrier

Face à ces difficultés, la NASA a accepté de revoir ses exigences à la baisse. La nouvelle version, surnommée « Sortie Suit », embarque un système de survie simplifié. Cela signifie que l'exploration des cratères ombragés en permanence est pour l'instant écartée, et que la combinaison ne sera plus conçue pour des sorties répétées sur plusieurs jours.

Cette combinaison intermédiaire doit permettre à Axiom de gagner du temps pour finaliser une version complète, tout en accumulant une expérience réelle sur la surface lunaire. C'est un compromis assumé — pas un produit fini.

Combinaison EMU. Illustration : NASA
Combinaison EMU. Illustration : NASA

Il faut noter qu'Artemis III, initialement prévu pour un alunissage, a été restructuré en mars 2026 : la mission sera désormais un simple vol de test en orbite basse, sans descente sur la Lune. Le premier alunissage habité est repoussé à Artemis IV, attendu en 2028 — sous réserve que les combinaisons soient prêtes à temps.

La Chine en embuscade

La pression du calendrier s'explique aussi par la concurrence internationale. En février 2025, la Chine a officiellement baptisé sa combinaison lunaire « Wangyu », plus légère que les tenues utilisées sur la station Tiangong, et conçue pour un alunissage visé en 2030. Pour Washington, laisser Pékin poser pied sur la Lune en premier n'est pas une option politiquement acceptable.

La France, partenaire du programme Artemis via l'ESA, n'est pas directement impliquée dans le développement des combinaisons. Mais les retards américains décalent mécaniquement le calendrier d'exploration lunaire européenne, auquel des acteurs industriels français sont associés en amont.